Petite lettre aux copains et copines putes

Coucou !

J’ai lu ce matin sur Rue69 un article très intéressant : le témoignage d’une ancienne pute. C’était vraiment poignant et j’ai été contente de savoir que que cette femme, qui a beaucoup souffert, s’en était sortie.

Mais en marge des faits, qui m’ont sincèrement touchée, cet article, c’était beau comme du Lelouch et je vous jure, j’ai presque pleuré. Tous les ingrédients d’un beau roman de putain s’y trouvaient réunis : la rupture familiale initiale, le père méprisant qui traite sa fille de putain comme il la traiterait de connasse (ce qui explique qu’elle est devenue pute pour de vrai, non non non c’est pas de la psychologie à deux balles), les premiers temps d’argent facile, l’urgence sociale et la déchéance. Tout ça sous-tendu par la domination masculine et la responsabilité du Mâle dans la descente aux enfers de la Femelle. Heureusement, il y a une happy end.

Eh oui les copains, il est révolu le temps où Rue69 avait encore « mauvais genre » sous l’égide de Camille, la plume épicène la plus savoureuse et dérangeante des environs. Aujourd’hui, on fait dans le consensuel. Mais je ne saurais le reprocher à la journaliste qui a rédigé l’article d’hier… Elle fait un boulot tout à fait estimable et pour être sincère, je trouve bien qu’on puise lire sur Rue69 des témoignages variés : et Léa Lescure le dit elle-même en début d’article, ce « témoignage n’a pas valeur de thèse sur cette activité ». Et puis à l’époque, Rue69, sous la plume de Camille, avait salué la création du STRASS.

Pourtant, je ne peux me défendre d’un sentiment de gêne face à l’article d’hier. En le lisant, je me sens comme devant une comédie romantique américaine : je sais que ce n’est pas représentatif de la réalité, mais je sens que le film essaie de m’en persuader.

Là, c’est pareil. Et puis sans surprise, j’ai trouvé dans les commentaires de l’article la fantastique déclaration de Roselyne Bachot, qui résume à elle seule toutes les incohérences des raisonnements abolitionnistes : « Je veux le dire sans ambiguïté : contrairement à ce que d’aucuns voudraient nous faire croire, il n’existe pas de prostitution libre, choisie ou consentante. (…) L’achat d’un acte sexuel correspond à la mise à disposition du corps des femmes pour les hommes, indépendamment du désir de celles-ci. »

Et comme d’habitude, je me pose la même question, encore et encore : pourquoi les abolitionnistes refusent-ils/elles d’envisager qu’il existe différentes formes de prostitutions (prostitution contrainte, liée à la traite et l’esclavagisme, sous l’empire de proxénètes d’une part ET prostitution libre d’autre part) alors que les gens qui ne sont pas abolitionnistes, tout en défendant le droit à une prostitution libre, reconnaissent tout à fait l’existence de la prostitution forcée ?

Ca me dépasse. Quand je relis Bachelot, je vois une femme qui affirme que :
- La prostitution est TOUJOURS forcée
- Personne ne peut choisir de se prostituer
- Le consentement dans la prostitution n’existe pas
- Il n’y pas d’hommes qui se prostituent
- La prostitution est une mise à disposition du corps des femmes
- Le consentement et le désir doivent toujours être liés
- Les putes sont « d’aucuns » qui « voudraient faire croire » des trucs.

Mais quand je vous écoute, vous les putes, je vois des gens qui disent que :
- La traite des êtres humains, le proxénétisme et l’esclavage existent en effet, et que c’est une horreur contre laquelle il faut lutter
- La prostitution forcée existe
- La prostitution libre aussi
- Il ne faut pas confondre les deux
- Le consentement est une chose, le désir en est une autre
- Il ne faut pas généraliser ni refuser d’entendre les personnes prostituées. Toutes les personnes prostituées. Y compris celles qui sont libres.

Voilà, en fait je crois que je ne m’habituerai jamais au fait qu’on puisse prétendre être dans l’esprit de quelqu’un d’autre au point de parler en son nom en dénigrant son vécu et sa parole. Parler POUR des gens, porter leur cause, ok. Mais écouter quelqu’un et nier sa parole, analyser à l’emporte-pièce et réduire la complexité des histoires personnelles et de la prostitution dans son ensemble à l’équation (traumas + viol) X (stress post-traumatique + zéro estime de soi) = prostitution, c’est un peu léger. Je dirais même qu’on a un gros problème d’attitude, là. Prétendre défendre les droits des femmes en refusant de croire à la parole de certaines d’entre elles, c’est une contradiction qui me laisse rêveuse. Pour les abolitionnistes, les putes doivent être défendues, mais si elles ont un truc à dire, faut que ça colle au discours officiel, sinon, euh… Vos gueules les putes, ok ?

En vérité, chères putes non-esclaves et pas-forcément-traumas, votre existence dérange un peu les abolitionnistes. Vous faites tache dans le décor et vous gênez pas mal de féministes aux entournures. Ce que vous laissez entrevoir suggère l’existence d’une grande complexité prostitutionnelle, qui dessert les causes moralistes.

C’est un peu con, vous ne trouvez pas ? Parce que dans l’absolu, et après vous avoir écouté(e)s parler, si les féministes vous associaient à une véritable lutte pour les droits des femmes, vous, vous seriez partant(e)s pour y contribuer. Parce qu’effectivement, vous, putes libres, vous n’oubliez pas en chemin les collègues qui bossent sous la contrainte, le proxénétisme, la torture. Votre combat, c’est d’abord celui de la liberté. Pas seulement la vôtre, mais celles de toutes les putes : qu’elles soient libres de se prostituer ou non. Et quand vous parlez de bosser dans des conditions de sécurité suffisante, il me semble bien que vous incluez toutes les catégories de collègues dans vos revendications, comme le soulignait cet article du Nouvel Obs.

Donc si j’ai bien compris votre démarche, vous ne portez pas seulement la parole de votre propre liberté : vous êtes clairement dans un esprit de solidarité et de soutien envers les putes esclaves. Vous militez pour des conditions de boulot dignes et pour le droit au choix, afin que plus aucune pute ne soit contrainte et puisse cesser de prostituer. Ou continuer. Sans être forcée à quoi que ce soit.

Du côté des féministes abolitionnistes en revanche, cette solidarité n’existe pas. Elle ne se conçoit qu’en faveur des putains victimes. Vous, en tant que putes libres, vous êtes considéré(e)s comme disqualifiant leur cause. Et donc exclues. Parce que vous ne luttez pas contre la prostitution mais pour les droits des femmes, y compris quand ces droits intègrent le libre choix, jusqu’au bout. Y compris celui de se prostituer. Et c’est ce choix qui est invalide aux yeux d’une grande part du féminisme.

Je pense que ce féminisme-là parle à la place des prostituées en disqualifiant votre parole, tandis que vous, vous parlez en votre nom et POUR les collègues. Sans disqualifier la parole de celles qui n’ont pas choisi d’être putes.

Laissez-moi réfléchir… ok, c’est tout vu : vu la gueule du féminisme institutionnel, je continuerai à marcher à vos côtés, dans la mesure de mes modestes moyens.

Bisous,

Gaëlle-Marie

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Journaliste, chroniqueuse et féministe épilée (un courant dissident, très dangereux).

Spécialisée en sexo et psycho-sexo, mais s'intéresse de près aux sujets de société qui fâchent.

Commentaires (46)

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  1. toto dit :

    coucou.
    (eh, moi ce que je voudrais c’est que y’ai un revenu garanti suffisant pour vivre pour tout le monde. (je sais c’est beau de rever, m’enfin oui ce genre de chose aiderait clairement a « choisir » pour de vrai)
    bisous

  2. raja dit :

    je partage tes interrogations, je connais des hommes prostitués, j’habitais à coté d’un haut lieu de la prostitution masculine dans ma région.
    je crois que l’on peut rapporter ceci « La prostitution est TOUJOURS forcée » à des tas de sujets avec lesquels je ne suis pas d’accord avec le clan féministe abolitionnistes-voyantes-jesaismieuxquetouscequiestbonpourtoutes…

  3. Morgane dit :

    MERCI !!

    tu as très bien cerné notamment le fait que ce sont les abo qui veulent pas de nous dans les luttes pour le droit des femmes
    (cf quand Sisyphe je crois, ou un truc du genre, a sorti un article pour dire qu’elles ne rejoindraient pas les slutwalk car il y avait aussi des travailleuses du sexe qui y allaient)

  4. Christine dit :

    Abolitionnistes = moralisatrices, putes libres = vraies féministes défendant la liberté de toustes

    Tu nous as habituées à des analyses plus nuancées :-( (

    Et si on pouvait être abolitionnistes parce qu’on aime le cul et que le « projet de société » contenue dans la prostitution ne semble pas intéressant ? Confondre libéralisme économique (ce que défend le STRASS, syndicat de petits entrepreneurs) et liberté sexuelle , c’est un peu triste.

    • Gaelle-Marie Zimmermann dit :

      Je n’ai rien analysé, je me suis contentée de décrire ce que je lis et entends de part et d’autre.

      Et à titre indicatif, je ne vois aucun « projet de société » dans la prostitution. Mais s’il y en avait un, je trouverais tout à fait pertinent que tout le monde n’y adhère pas : chacun sa façon d’envisager sa propre sexualité.

      Là où je tique, c’est quand on envisage de façon autoritaire la sexualité des autres en niant leur parole.

      Pour ce qui est du Strass, j’adore la dénomination de « syndicat de petits entrepreneurs ». De la même façon que « pute », je ne l’entends pas comme une insulte. ;)

    • Morgane dit :

      le STRASS ne défend pas le capitalisme ni le libéralisme : il prend acte que dans une société où l’on est obligées de travailler, certaines personnes exercent un travail sexuel, et que ces personnes, pour cette raison, n’ont aucun droit; le STRASS, en tant que syndicat, se bat donc pour l’amélioration des conditions de travail des travailleuses;
      direz-vous que la CGT ou que Solidaires défent de libéralisme éco quand il lutte contre les licenciements ?

    • GouineMum dit :

      Le STRASS se compose de travailleurs/-ses, pas d’entrepreneurs/-ses. Ces travailleurs/-ses sont indépendantEs ou non, mais toujours travailleurs/-ses, en aucun cas patronNEs de qui que ce soit (ceux/celles-ci sont d’ailleurs explicitement interditEs d’adhésion au STRASS, et pour cause).

      Par ailleurs, faudra que les « abolitionnistes » (terme erroné dans son acception contemporaine, mais passons) m’expliquent un peu : vous dites ne pas vouloir pas de putes dépendantes (sauf apparemment de votre maternage tyrannique…), et le STRASS mène tout à fait la même lutte, mais vous ne voulez apparemment pas de putes indépendantes non plus : alors vous voulez quoi ? Pas de putes du tout, c’est ça, hein ? Vous êtes donc _prohibitionnistes_, pas « abolitionnistes », et ce serait bien de le dire publliquement et de l’assumer, histoire que les fronts soient clairement visibles. J’ai cependant une nouvelle pour vous : des putes il y en aura toujours, quoi que vous fassiez (et je ne parle même pas des rapports prostitutionnels omniprésetns dans le couple « officiel » là… je parle de celles/ceux qui se font payer avant, pas après), la prohibition n’a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais, faudra vous y faire. Ce qui compte c’est quels droits et quelles libertés les putes ont et auront, et c’est ça qui devrait être votre lutte si vous voulez faire quelque chose de positif pour les putes. Comme c’est d’ailleurs la lutte du STRASS et d’autres groupes de putes. Bref : et si vous arrêtiez de gaspiller votre énergie dans une cause idéologique utopique et si vous travailliez _avec_ les putes au lieu de _contre_ elles/eux ? On aurait touTEs à y gagner. La balle est dans votre camp.

  5. La Pucelle dit :

    Merci. Ca fait du bien d’entendre ce genre de choses…

  6. xenomorf dit :

    Hello
    Je découvre ce blog très intéressant et stimulant, via celui de Maia Mazaurette… J’avoue être un peu gêné par votre tribune, qui n’a certes pas d’autre ambition qu’être « une réaction » à un texte. Ce n’est pas tant votre position dans le fond, que je partage, mais votre avis très tranché, qui dépasse de loin le « contenu » du texte de rue69. Déjà, c’est une « histoire de vie » et pas un texte politique, qui a le mérite justement de montrer que tout n’est pas blanc et noir. Très sincèrement j’ai trouvé l’ensemble très touchant, et à 1000 lieues des comédies américaines « consensuelles » et bien-pensantes, bien au contraire… Ca reste bien glauque, mais pas misérabiliste, ni dans le pathos à outrance. Des moments subis, des moments choisis, des hauts, des bas… Pas de happy end là-dedans, qui va croire vu le ton du texte que cette dame pète la forme 24h/24h ? Elle a fait son chemin, c’est tout.
    Sur la question de la prostitution, j’ai été très impacté par l’essai de V. Despentes… j’avoue ne pas être dans un posture morale ni moralisatrice, peut être est-ce ma pratique professionnelle (je m’occupe de projets contre la traite en Amérique du Sud), mais la problématique de la prostitution dans cette zone est à 99 % d’une violence terrible. Du coup, la prostitution « libre » apparaît presque comme un phénomène largement « secondaire »…
    Je ne dis pas qu’il ne faut pas en parler, mais peut être pas comme vous le faites, comme une revendication à porter « haut et fort », mais plutôt de façon habile et stratégique. Vu l’état de nos sociétés, les préjugés masculins, je ne suis pas sûr que dire (ou plutôt clamer) « oui j’ai subi un viol et je ne suis pas traumatisé(e) » (annexes du bouquin de Peggy Sastre, Ex Utero) ou encore « je suis prostitué(e) libre, parce que je l’ai choisi » contribue efficacement à bousculer l’image de la femme véhiculée par le machisme (pour faire simple, femme = salope, ou encore comme au Paraguay, « une femme c’est fait pour être baisée »). Je dis ca, mais ca ne m’empêche pas d’avoir fait la « marcha de las putas » en Argentine la semaine dernière. C’est juste que parfois certains espaces ou discours de luttes féministes ne devraient pas se mélanger aux autres, car ca « brouille » le message.
    Ceci dit, bravo pour le blog, j’adore… j’en suis encore à lire les archives :-)

    • Gaelle-Marie Zimmermann dit :

      Merci beaucoup pour votre commentaire : je trouve votre point de vue très intéressant, notamment dans la nuance et la subtilité que vous apportez à votre propos. Je vous rejoins dans le fond… Et je continuerai à m’exprimer de façon très frontale cependant, en mode « revendication haut et fort ». Parce que dans une société qui ne veut pas entendre, il faut parfois en arriver à crier… Hélas. :)

      Mais merci, vraiment, pour votre éclairage.

    • ariana dumbledore dit :

      Et que dit on faire, alors, si on est une pute qui assume son travail, et y trouve son bonheur, ou du moins sa liberté ? Si on a avorté et qu’on ne passe pas son temps à pleurer ? Si on a été violée, et que, non, on ne considère pas sa vie comme détruite à jamais ? Se taire, encore se taire, sous prétexte que d’autres souffrent ? Oui, elles souffrent. Et toute la pseudo-compassion méprisante dont on les croit demandeuses ne les aide pas plus pour autant. Et le fait d’insister sur leur souffrances les enfonce encore plus dans la case « victime », « faible », et rajoute de l’eau au moulin machiste.

      Non, je ne nie pas leur souffrance. Non, je ne nie pas leur droit à s’exprimer, mais, oui, j’ose revendiquer le droit de dire que leur cas n’est pas général, et que moi, et d’autres, ne vivons pas ou n’avons pas vécu celà de la même façon.

      • xenomorf dit :

        Personne ne vous demande de vous taire il me semble… et personne ne fait une comptabilité de la souffrance. J’intervenais plus sur la question de l’habileté politique à porter un message ou pas. Votre discours est légitime mais il peut s’appliquer à tout et tout le monde : enfants victimes de pédophilie, personnes victimes de viols.
        « Et le fait d’insister sur leur souffrances les enfonce encore plus dans la case « victime », « faible », et rajoute de l’eau au moulin machiste. »Je ne comprends pas votre position. D’un côté on dit que rendre invisible les victimes de viol ajoute de l’eau au moulin machiste, vous vous dites que les rendre visible les victimise et ajoute de l’eau au moulin machiste. Quoi qu’on fasse, ca ajoute de l’eau au moulin machiste.
        Alors que faut il faire ? balancer n’importe quel message à l’opinion publique et espérer que le bon sens fera le tri ?

        • ariana dumbledore dit :

          On ne me demande pas de me taire ? Ici, non. Ailleurs, on l’a fait bien souvent. On m’a traitée de beaucoup de choses. Entre autres, de ne pas être une femme…
          Et je n’ai dit nulle part que les victimes de viol (entre autres) devaient « rester invisibles ». Juste que leur visibilité ne devait pas nécessairement se conformer à ce qu’on attend d’elles : être la gentille petite victime fragile et détruite. Avec un bon désir de vengeance, aussi.
          Comme la prostituée se dit de faire son métier contrainte et forcée, et se dégoûter elle-même. Etre elle aussi, une victime. Le mieux étant qu’elle soit une victime de la première catégorie (viol) passée dans la deuxième.
          Je ne prétends pas que ça n’existe pas. Je ne prétends pas non plus que ces personnes-là ne sont pas nombreuses. Mon meilleur ami (eh oui, c’est un jeune homme, comme quoi…) en fait partie : violé enfant, prostitué, toxicomane et détruit jusqu’à la moelle. Une vraie image d’Epinal, et un être humain que je respecte plus que quiconque.
          Mais ce n’est pas une raison pour que d’autres êtres humains ne puissent pas avoir d’autres vécus, d’autres réactions (une autre de mes amies a payé ses études en étant escort, et est sur le point de se marier avec un homme charmant qui connaît son passé), et ne puissent pas également témoigner, sans pour autant être considérées, soit comme des affabulatrices, soit comme méprisant ceux qui n’auraient pas leur force de caractère (je n’ai, comparé au gamin dont je parle plus haut, aucune force de caractère).

          • ariana dumbledore dit :

            PS : … et je crois, sincèrement, que le meilleure façon de tarir la source qui alimente le moulin machiste est d’abord d’être sincère. Pas invisible, mais sincère. Que ce soit dans la souffrance qui peut être exprimée telle quelle, mais aussi dans la révolte, ou dans la liberté revendiquée, ou dans la guérison. Ou même dans l’indifférence.

  7. À partir du moment où un article ne relaye qu’un seul témoignage, il dissimule évidemment toutes les autres réalités, et si l’article de Rue69 avait été l’interview d’une prostituée heureuse et épanouie dans son boulot qu’elle aurait choisie, les abolitionnistes auraient sans doute hurlé à la manipulation etc.

    Je ne connais pas le sujet de près, je ne sais pas dire, par exemple, quelle part représente la « prostitution libre » (appelons-là comme ça) par rapport à la « prostitution contrainte » (et évidemment, la ligne est floue quand la contrainte est économique et qu’on choisira la prostitution plutôt que le travail à la chaîne ou la délinquance ou …) mais je pense qu’elle est hélas minoritaire. Ça ne m’empêche pas d’être antiabolitionniste, parce que je pense que tout ce qui tend à faire disparaître « le plus vieux métier du monde » contribue à le rendre encore plus sordide, dangereux ; la prohibition fait du bien à la pègre, mieux vaut réguler.

  8. Mélianne dit :

    Vous avez oublié un point important : Pour les abolitionnistes, les femmes ne vont jamais aux putes (hommes ou femmes) puisqu’elles n’ont pas de besoins sexuelles à combler, c’est bien connu. Or pourtant, maintenant qu’elles ont les moyens et la liberté de le faire, à ce sujet, aux quatre coins du monde, ça commence à chauffer… Mais les médias se taisent – par peur des associations féministes, familiales, farfelues et fauchées ?

    • Here dit :

      Le sujet de la prostitution masculine, ou plutôt, des femmes comme clientes, est traité, mais sous un angle complètement différent…Il y avait eu un zone interdite ou Capital (enfin vous voyez le genre, reportage racoleur sur M6 quoi) sur le phénomène en République dominicaine, les prostitués étaient clairement présentés comme des profiteurs, en mode : « ils sont jeunes et beaux et jouent avec les sentiments de femmes vieilles et moches pour s’assurer un train de vie ». Clairement, les femmes qui paient des prostitués ne veulent pas du sexe, mais de la tendresse (du moins, c’est comme cela que l’on nous présente les choses…).

      • Mélianne dit :

        C’est exactement ça : les hommes qui se prostituent, au fond, ils en profitent, les cochons ! Être payés pour baiser, non mais ! Profiter de la vulnérabilité des pauvres petites femmes qui, si elles sortent leur porte-feuille, c’est seulement pour avoir un peu de « douce compagnie », pas pour avoir des rapports sexuels qui impliqueraient, par exemple, comme ça, au hasard, leurs parties génitales… Et les lesbiennes ? Les bisexuelles (comme les femmes ne sont pas sexuelles – le clito quoi ? -, on devrait dire bisentimentales, plutôt) ?

        http://www.secondsexe.com/magazine/Hommes-a-louer.html

    • Lilite dit :

      Non, vous extrapolez un peu sur ce que dise les abolitionniste.
      Il s’avère que très très peu de femmes de la classe moyenne ou pauvre n’a recourt à la prostitution. celles qui y vont, ce sont les bourgeoises, celles qui ont du flouze et qui appartiennent à un milieu social plus élevé. ce qui me conforte dans le fait que la prostitution est avant tout une histoire de domination, entre les sexes, mais aussi de classe.

      • yelle dit :

        Ouh, vous vous égarez un peu je crois. Des métiers qui sont imprégnés, que dis-je, imbibés, de lutte des classes il y en a pléthore, on a jamais empêché pour autant un ouvrier d’aller à l’usine, un domestique d’aller entretenir la maison de son patron… En plaçant la discussion sur la le sujet de la lutte des classe, on efface les particularités de ces professions qui justifieraient pour certains la prohibition de la prostitution.

  9. drogen dit :

    Il s’agit en réalité d’un volonté de contrôler le sexe, fermer toute les sources autre que la mienne.
    C’est en réalité qu’une stratégie de guerre, coupé tous les approvisionnent sauf celui que l’on peut contrôler, le siens.
    Il est d’ailleurs souvent intéressant de constaté que les abolitionniste sont souvent pour l’interdiction du porno.
    Mais au fait les femmes ne payent pas pour du sexe, non pardi les femmes que vous voyez sur les cotes africaines avec des gamins de 15 ans c’est un mythe et quand on veut bien le voir on dit que c’est de l’amour (éclate de rire).

    • ariana dumbledore dit :

      Mais non, voyons, les femmes qui pratiquent le tourisme sexuel (ou qui se tapent des petits jeunes dans certains quartiers pas très sympa… si… si… ça existe !) ne sont que de pauvres victimes de ces petits salopards. Et se moquent bien de leurs caresses et des orgasmes qu’elles leur doivent ! Parce que les femmes n’aiment pas le sexe, c’est bien connu.
      Bon, on retombe les pieds sur terre, là ?

  10. gudrun dit :

    Un peu d’accord avec d’autres avis…je trouve le témoignage plus nuancé que vous le faite apparaitre notamment la fin de celui ci ou la prostitution enfin « sa » prostitution est définie de façon très ambigüe et troublante (pour elle même) .

    Ceci dit avant que l’avalanche de commentaire sur rue 89 le rende quasi introuvable quelqu’un avait mis un lien tout a fait passionnant sur le témoignage très différent d’une prostituée belge qui lui montre ce que peut être la prostitution choisie et non subie :

    A lire aussi, ce portrait de Sonia, prostituée belge, à cette adresse :

    http://tuttefrut.over-blog.com/article-sonia-verstappen-portrait-d-une-p...

    • Morgane dit :

      Sonia apparait également dans le film de Jean-Michel Carré (aux côtés de plein d’autres) « Les travailleurSEs du sexe – Et fièrEs de l’être » Editions grain de Sable. A voir absolument
      Son analyse du rapport pute-client dans le docu est une merveille !!

  11. Camille dit :

    Je peux t’embrasser publiquement? J’ai besoin de bisous aujourd’hui et ton article est plein de compliments pour moi alors je les prends.

  12. Ça a l’air si simple pour vous…La prostitution a toujours été un vrai questionnement pour moi.
    Je ressens une boule au ventre énorme quand je croise des prostituées.
    En grandissant, j’essaie de m’ouvrir aux arguments d’une prostitution libre, mais c’est pas facile.
    Est-ce parce que cela me renvoie a ma complexité sexuelle?
    Vraiment je n’arrive pas à me sentir à l’aise…
    Je me suis toujours dit que je pouvais pardonner la tromperie avec une autre femme sauf si c’est avec une prostituée.
    L’impression que mon mari mettrait les pieds dans un milieu qui m’effraie et me fascine.
    En tout cas Aucun jugement ni psychologie a deux balles…

    • michelle dit :

      Il y a des mois que je me pose la question suivante: pourquoi les abolos veulent-elles, à tout prix, rayer les putes du paysage, comme l’écrit très justement GouineMum? Et surtout, en niant le fait qu’il puisse exister une prostitution heureuse et en invoquant des raisons dont je ne m’étendrai pas ici parce qu’elles sont connues de tous ceux(celles) que ce débat interpelle. Je me suis posée cette question car, à mon sens, cela va à l’encontre du féminisme qui est, par essence, la défense des droits des femmes. Inconsciemment, vous avez apporté une réponse à ma question.
      « Un milieu qui m’effraie et me fascine » Et si tel était le cas des abolos? La prostitution a toujours été fascinante pour diverses raisons et…effrayante. Et c’est cette fascination qui est , aux yeux de certain(e)s, dérangeante. Parce que dans une société bien pensante, il est interdit d’être fasciné par ce qui dérange. De là, à vouloir éliminer, il n’y a qu’un pas…
      Un détail, tout de même: à mon humble avis, il vaut mieux pardonner une tromperie avec une prostituée qu’avec une autre femme. Il y a moins de risque…
      Cordialement.

  13. Lilie dit :

    Je suis perplexe. Tous les jours, je passe devant une rue bien connue de Bruxelles, et je vois ces femmes en vitrine, belles comme tout, gracieuses, et je me demande si elles l’ont choisi. Si elles sont heureuses, si elles aiment ce qu’elles font.
    Je ne peux pas m’empêcher d’être triste en les voyant. Mais peut-être ai-je tort ?
    J’ai tendance à penser que la prostitution libre et consentie n’est pas un problème, mais j’ai l’impression que la majorité des prostituées n’ont pas eu le choix, et sont forcées. J’ignore les chiffres, je pense qu’il s’agit d’environ les trois quart mais je n’en suis pas sûre.
    C’est pour celles-là qu’il faut faire quelque chose. Les autres, celles qui ont le choix, ben c’est très bien, qu’elle continuent à avoir le choix, de vendre leur corps, ou pas.
    Désolée pour le commentaire décousu, j’ai du mal à structurer mes idées.

  14. agendas dit :

    Tu te poses la même question quand tu vois le serveur du Mcdo?

    • Mélianne dit :

      Très juste. « Belles comme tout, gracieuses », mais au fond, rien d’autre que de pauvres petits bébés filles soumis, dès la toilette du matin, dès l’application du rouge sur les lèvres, à la terrifiante domination masculine. Cette victimisation systématique des femmes ne mène nulle part que vers l’abime.

  15. Sonja dit :

    Le travail en lui même est forcé, donc forcément, la prostitution est toujours forcée, le tout est de se rendre compte de son propre esclavage.

  16. Upermuk dit :

    À propos d’usage libre de son corps et de perte de propriété de soi, je viens de tomber sur cet article qui analyse parfaitement la tendance générale à plaquer une vision moraliste sur le corps, et ce à un niveau légal :

    http://www.voltairenet.org/La-fin-de-la-propriete-de-soi

    Un extrait bien effrayant :

    La dissociation de la propriété de soi se lit également dans un rapport parlementaire, intitulé En finir avec le plus vieux métier du monde [3]. Il propose de créer un nouveau délit de recours à la prostitution. Le client deviendrait passible d’une peine de six mois de prison ferme, assortie d’une amende de 3 000 euros. Le rapport devrait servir de base à une proposition de loi devant être déposée après les présidentielles de 2012. La « lutte contre la prostitution » et son élément le plus avancé, la criminalisation du client, en niant à la prostituée le droit de disposer de son propre corps, a pour objectif déclaré la défense de la dignité de la femme et de la personne humaine. C’est bien l’image de la Femme qu’il s’agit de préserver [4] au dépends des femmes concrètes qui seront, suite à l’application de telles mesures, mises en danger par le développement de la clandestinité. L’image de la dignité de la femme, que l’on retrouve dans le rapport de l’Assemblée Nationale, s’intègre dans une conception du droit qui fait de la dignité de la personne humaine un élément supérieur d’organisation du système juridique. Cette conception consacre ce principe comme un droit absolu, de nature supérieure par rapport à d’autres droits fondamentaux, dont le principe de liberté ou le droit de disposer de son propre corps.

  17. Catherine dit :

    Bonsoir,
    Je lis les veines brulantes cet article. Je ne sais pas quoi en penser. Tout est « trop intelligent » pour moi.
    Je n’ai pas pensé faire du « Lelouch », ni de la politique, ni de la comédie américaine, et romantique de surcroit.
    Je suis celle que Léa Lescure a interviewée, et c’est ma parole qu’elle a retranscrite.
    Ce que les gens ont fait de mon témoignage n’appartient qu’à eux.
    Il manque au tableau de ce que j’ai « souffert », la référence Zola. J’ai souffert, oui, comme n’importe qui en ce monde. Et j’ai aimé, joui, je me suis émerveillée, j’ai grandi. Et ce n’est pas encore fini.
    Ce témoignage, qui « n’avait pas valeur de thèse » ne prend pas parti. Il dit juste comment, même si ça semble comédie américaine, on peut prendre une route. Et aussi comment on peut bifurquer. Et comment au fond, je peux me trouver empêtrée, comme tout le monde, dans ces affaires liées au sexe, culturelles, moralisées, politisées.
    Je ne milite pour rien.
    Je dis juste qu’il faut faire un sacré boulot sur soi-même pour affronter tout ça.
    Et que j’ai un appétit de vivre énorme qui m’a aidée à ne pas me détruire.
    Et peut-être que l’objet de ce témoignage sur Rue89, c’est d’accéder à cette « fierté » que jusqu’alors je n’ai su affirmer.
    Cordialement,
    Catherine.

    • Gaelle-Marie Zimmermann dit :

      Bonjour :)

      Un grand merci pour votre commentaire, que je trouve très utile et éclairant, quant à vos souffrances, vos émotions et votre parcours. Et votre témoignage n’est aucunement remis en question dans mon article. C’est le traitement qui en est fait qui m’interpelait. Vous dites très justement que ce que les gens ont fait de votre témoignage n’appartient qu’à eux : cela me semble évident. Comme me semble évident que vous n’avez pas voulu faire du Lelouch en évoquant votre parcours avec la journaliste :)

      Ceci dit, je ne crois pas que mon article soit « trop intelligent » pour vous. Vous êtes psychologue, je suis pisse-copie : donc comme au départ j’écris en m’adressant à toutes et tous, sans distinction de sexe, d’âge, de classe sociale, de parcours professionnel etc, je ne pense pas qu’une seule ligne que j’aie écrite ci-dessus soit « trop intelligente » pour qui que ce soit. Je suis bien loin de l’intellectualisation forcenée parfois constatée dans les médias… Ici, on est des « vrais gens ».

      Encore merci pour votre commentaire !

      • Catherine dit :

        Bonsoir Gaëlle,
        Vous n’êtes pas une « pisse copie », mais plutôt une chercheuse qui interroge les idées reçues. Parfois, vous provoquez, ce qu’on peut entendre, étymologiquement, comme : « faire naître quelque chose ».
        Je lis régulièrement vos trouvailles et parfois, je ris, je repasse ça aux copines, ça nous enchante et on en parle en buvant du rosé.
        J’ai eu un coup de « parano », l’effet des commentaires sur Rue 89 sans doute, et mon histoire relayée ici, dont j’ai pris connaissance parce que tout simplement je vous « suis ».
        Mais autant sur 89, je pouvais me retrouver dans l’estaminet du « Comptoir du bar et brèves afférentes », autant ici, je me suis sentie « génétiquement modifiée ». Et c’est en cela que je dis trop « intelligent », et que je me suis élevée contre une main mise compréhensive de mon chemin.
        Chez les vrais gens, il y a aussi cette dimension d’aller au fond des choses, et sans doute c’est ce qui vous oriente dans vos analyses. C’est une chose qui me passionne aussi.
        J’ai cru que vous ne nous croyiez pas, Léa et Catherine, et c’est ce qui m’a emportée dans cette réponse un peu acérée.
        Bien sur, la croyance, on s’interroge sur ce concept, et la foi itou.
        Alors, qu’est ce qui fait qu’un dire sonne vrai, et est-ce qu’on ne se fait pas enfler?
        Tout ceci est complexe.
        Dans mon boulot de psy, j’ai choisi de me faire « enfler », de ne pas être un inspecteur, de ne pas rechercher la vraie vérité, mais d’accompagner la vérité de la personne. Sa vérité est la vérité de son désir, de son être.
        Kaléidoscopes des vérités.
        Il y a des vérités inacceptables cependant : celles qui mutilent et tuent la vie. Le « viva la muerta », par exemple. Et contre lesquelles prendre la parole est essentiel.
        Et finalement, tout désir humain, toute vérité de sujet singulier est politisée, dans le sens de la communauté, du socius.
        Étais-je victime ou est-ce que je frayais un chemin?
        Doit on interdire la prostitution? Les horreurs du tiers monde? Et on résout comment les combines des miséreux?
        Doit on moraliser? Parler de « folle du cul »?
        Est-ce une question sexiste, politique?
        Non non, vous n’êtes pas une pisse copie.
        Mais que vos commentateurs s’élèvent!
        Cordialement,
        Catherine

  18. Léa.Lescure dit :

    Bonjour,

    Je suis Léa Lescure, celle qui a interviewé Catherine; et comme elle je n’ai pas eu l’impression de faire du Lelouch en transcrivant son témoignage. J’ai fréquenté de très, très près plusieurs mileux de prostitution, et l’intérêt de ce genre de témoignage sur un média grand public réside dans les commentaires : on tombe de très haut en lisant le point de vue des lecteurs (lectorat vaste et eclectique), qui ont souvent beaucoup à affirmer sur quelque chose qu’ils ne connaissent pas. Il y a beaucoup à faire. Si vous souhaitez me rencontrer, n’hésitez pas à me contacter,
    ll

    • Gaelle-Marie Zimmermann dit :

      Merci pour votre commentaire. :)

    • jerem dit :

      Pour le coup, il aurait alors été plus intéressant de sortir de la « vision classique », en tout cas médiatique, de la prostitué malheureuse. Donc, allez rencontrer une prostitué heureuse, ou en tout cas pour qui c’est un boulot comme un autre.
      Là les réactions auraient pu être intéressantes …
      Un témoignage aussi poignant n’est quand même pas le meilleur moyen pour ouvrir un débat …

      Pour ma part, je m’interroge beaucoup sur la prostitution, je n’arrive pas à avoir un avis tranché. Le tien, MG, me dérange un peu car tu affirmes qu’il y a des prostitués heureux ou en tout cas pas malheureux de part leur métier, mais où ? Qui sont ils ? J’ai besoin de les entendre pour ne plus me sentir si mal quand je passe, matin et soir, dans une rue où elles sont là toute la journée à attendre … Je sais bien que tout n’est jamais blanc ou noir, mais il faut aussi faire attention à ne pas agir sous prétexte d’une poignée de personnes différentes …
      Je ne sais pas et ça me tue !

      • Tu as raison, c’est une situation complexe… Et je doute fort que se caillier les miches sur un trottoir puisse représenter une prostitution « heureuse ». Non, on ne peut jamais généraliser. Chaque cas est différent et comme je le dis souvent, il n’y a pas UNE prostitution mais DES personnes prostituées. Impossible d’établir un profil type, il faut respecter l’individualité de chaque cas de prostitution. Les situations sont vraiment diversifiées.

        D’où le problème des conditions de travail, qui bien souvent réduisent les putes à l’esclavage, et/ou les font bosser dans des conditions totalement indignes. Aucun droit, aucun recours, violence, etc… Ca, c’est terrible.

        Donc tu te demandais où, et qui sont ces prostitués satisfaits de leur boulot ? Un exemple : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/183825;pourquoi-reduire-les-putes-au-silence.html

        Et je précise que, pas plus qu’un témoignage négatif, celui que je te mets en lien ci-dessus ne peut « résumer » la prostitution dans son ensemble. C’est UN témoignage parmi d’autres. Qui peut juste permettre d’accepter l’immense diversité des situations prostitutionnelles.

      • Manon31 dit :

        Et bien, si il te faut une pute heureuse, il y a moi !
        Plus sérieusement, nous sommes nombreux(ses) à etre dans la prostitution et heureux(ses), en tout cas plus nombreux(ses) que ce que rapportent les médias et politiques la plupart du temps.

        On ne veut pas trop nous entendre, car cela dérange mais quand on nous laisse la parole comme l’a fait GMZ avec moi, oui, on peut le crier haut et fort, l’assumer à 200%, je suis pute et je suis heureuse ! C’est plus acceptable de voir une pute se repentir, et dire combien elle a été malheureuse (attention, je ne nie aucunement la douleur et l’attrocité que vivent certaines femmes), on la plaindra, on dira que tous les clients sont des porcs, on lui dira que ce n’était pas de sa faute…mais entendre une pute qui le vit bien, c’est MAL ! Alors, quand on parle de la prostitution, on ne parle que de son coté sombre, douloureux et traumatisant et des victimes mais jamais de celles qui l’ont choisit et qui pourraient (presque) vous faire envier leur job ! Il n’y a pas d’équilibre et je trouve important d’essayer de le rétablir un minimum afin d’oter toutes ces idées que nous met dans la tête la société, (moi même avant de m’interesser au différentes facettes de ce travail, j’avais de nombreux a prioris) et après chacun se fait sa propre opinion, comme pour tout, mais en ayant eu plusieurs visions de ce domaine si vaste…
        Merci en tout cas pour cette lettre, je n’avais pas eu l’occasion de pouvoir te répondre, je trouve que tu as su parfaitement exprimer mon ressenti (et celui de bcp d’autres). Je ne vais pas m’éterniser, tu sais déjà tout le bien que je pense de toi ! Gros bisous

        • jerem dit :

          Ben oui je veux des putes heureuses et heureux … (d’ailleurs je me faisais la réflexion que bizarrement je me vois les mecs prostitués comme beaucoup moins malheureux que les nanas … Je hais me faire avoir par les médias et la bonne moral hyper stéréotypée selon notre sexe biologique !).

          Bref, je pense qu’en fait ça peut être un super beau métier, quand on y pense :
          -donner du plaisir sexuel c’est quand même énorme
          - tout le coté affectif et relationnel de la relation prostitué(e) client(e) qui, je crois, peut être très intéressante et enrichissante pour les deux.
          Mais évidemment, je ne peux m’imaginer ça que dans le cadre de bonnes conditions de travail et dans le cas ou le travailleur/la travailleuse n’est pas dans l’obligation de le faire. (ça peut d’ailleurs se rapprocher des ASS qui sont là par dépit et à qui on a plutôt envie de leur dire  » mais cours, va faire autre chose qui te rendra  » …).

          Bon alors puisqu’on y est et parce que, sans rire, c’est un de mes comportements sociaux que j’arrive à le moins comprendre :
          Pourquoi je ne sais pas comment réagir quand je croise une prostituée dans la rue ? Pourquoi moi qui suis pd à 100 % j’ai peur de ce qu’elles se disent si je les regarde ?
          Je m’énerve car je me dis que clairement, la majorité préfère surement que je les regarde comme je le fais avec tout le monde ….

          • Manon31 dit :

            Honnetement, je n’en ai aucune idée, et moi, même après avoir commencé la pros, je ne savais pas quel comportement adopter quand je croisais une collègue travaillant dans la rue…je comprend ce que tu ressens ! Ce que j’ai fait c’est que comme je croisais souvent les mêmes, je leur ai dit juste « bonjour »…Après, certaines ne te répondrons pas, d’autres si (comme partout, en fait)…Mais voilà, moi c’est comme ca que je fais, maintenant quand je croise celles de mon quartier : un grand sourire et un bonjour/bonsoir…

  19. Philippe de Thrace dit :

    Bonsoir,

    Les féministes abolitionnistes ou « institutionnelles » sont selon moi, très nettement, des féministes qui ont abandonné l’antisexisme. Si elles se positionnent comme vous le décrivez, c’est parce que ce féminisme là n’est pas un projet de société, n’est aucunement subversif, et renforce finalement les stéréotypes de genre. C’est aussi pour cela qu’il est plus acceptable, et mieux représenté dans les discours politiques. Ce féminisme-là prend la forme d’une défense d’une catégorie : « les femmes sont opprimées donc il faut les défendre et les protéger ». C’est quasiment un féminisme-lobby. Pour éspérer répondre un peu à votre questionnement, je dirai que ce discours là n’a toujours pas évacué les principes de la domination masculine et du sexisme puisque tant qu’elle doit être protégée de la sexualité masculine – cette souillure – la femme reste donc avant tout objet du désir de l’homme et du discours féministe abolitionniste, plutôt que sujet de ces deux choses. Ce n’est pas un hasard que chez les abolitionnistes, les prostituées sont bien plus souvent témoins que théoriciennes ou actrices, car c’est bien un discours de certaines femmes (et lesquelles ?) sur d’autres femmes, présentées comme victimes donc nécessairement impuissantes. Dans ce discours, il n’y a pas de place pour la prostitution « choisie » – quand bien même elle serait minoritaire – parcequ’il est inconcevable qu’une femme puisse considérer qu’avoir des relations sexuelles sans désir n’est pas « grave » et n’est pas une « blessure » de sa si fragile « intimité ». À leurs yeux l’intégrité morale est corrélée à l’intégrité physique et la fantasme de pureté et de fragilité reste l’ultime valeur féminine, et est donc par conséquent non-monnayable. Par leur refus raddical de la prostitution, ces féministes préfèrent finalement la protection à la liberté.

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