Choisir de ne pas avoir ses règles : ni péché moral, ni danger médical.

| 18 janvier 2011 Lire

Avoir ses règles, pour certaines femmes, ce n’est pas seulement saigner comme une truie qu’on égorge quelques jours par mois. Au-delà de la manifestation physique du phénomène, la symbolique des règles  prend parfois une place assez conséquente : preuve de féminité, de fécondité, etc. Pour d’autres femmes, les règles se résument à une douloureuse et mécanique fatalité ou,  quand elles ont de la chance, à un désagrément mineur. Seul point commun entre ces différentes conceptions : quelle que soit la façon dont on gère ses règles, on a tendance à les considérer comme inévitables.

Ce n’est pourtant pas le cas : on peut très bien choisir de ne pas endurer chaque mois saignements, migraines, irritabilité et autres désagréments. Et malgré certaines idées reçues, ce n’est ni « mal », ni dangereux. Si, c’est vrai (croix de bois croix de fer, si je mens je vais en enfer).

Rappel (pour celles qui savent, on ne se moque pas, merci, c’est pas forcément évident) : les règles, c’est quoi ?

Pendant la première moitié du cycle menstruel, notre corps fabrique des œstrogènes afin d’épaissir la muqueuse utérine, appelée l’endomètre. Lorsque les œstrogènes circulent à dose suffisante dans le sang, l’hypophyse est stimulée et déclenche l’ovulation.

Si l’ovule n’est pas fécondé, notre production d’hormones chute (ce qui cause le fameux syndrome prémenstruel) et les règles surviennent, environ 15 jours plus tard.

Les règles consistent donc en une évacuation de sang et de tissus : nos hormones ont gorgé l’endomètre de sang avant la fécondation. Celle-ci n’ayant pas eu lieu, l’endomètre se détache  et les contractions de l’utérus l’éliminent. Ca, ce sont de « vraies » règles.

Et sous pilule ?

Sous pilule oestro-progestative, c’est différent : la pilule fonctionnant comme un « leurre », elle fait simplement croire à notre corps qu’on est déjà enceinte. En effet, en cas de grossesse, la fabrication de progestérone est constante et notre système sanguin en contient de façon stable.

Il n’y a donc plus de cycle, plus d’ovulation, et pas de règles. L’interruption de sept jours entre deux plaquettes de pilule provoque simplement ce qu’on appelle une « hémorragie de privation ».

Quant aux contraceptifs hormonaux contenant uniquement des progestatifs (certaines pilules, implant contraceptif ou stérilet hormonal, le Mirena par exemple), ils sont conçus pour diffuser des hormones en continu dans notre corps et ne bloquent pas forcément l’ovulation, mais épaississent  les sécrétions du col de l’utérus, qui empêchent ainsi le passage des spermatozoïdes.

Donc on peut se passer de saigner si on le souhaite ?

Oui ! Contrairement à ce qu’on a longtemps cru, les vraies règles ne sont pas là pour « nettoyer » l’organisme, et ne sont pas nécessaires en dehors des périodes où l’on souhaite tomber enceinte. Quant aux hémorragies de privation provoquées par l’interruption de sept jours entre deux plaquettes de pilule, elles n’ont aucune utilité médicale : les premières pilules commercialisées aux USA étaient d’ailleurs conçues pour être prises en continu, mais cela stressait les femmes, qui avaient peur d’être enceintes parce qu’elles ne saignaient plus…

En vérité, la prise de la pilule en continu permet non seulement d’éviter les saignements mais augmente également l’efficacité contraceptive. Ce sont en effet  (entre autres choses, hein) les oublis de pilule après l’interruption de sept jours qui augmentent les risques de grossesse.

Quant aux prétendus risques d’infection, ils sont inexistants : toutes les cellules mortes de notre organisme sont digérées par nos globules blancs. Il n’y a donc pas de « bouchon », ou de « stockage », puisqu’il n’y a pas de sang et de tissus à éliminer.

En ce qui concerne la supposée « absence de recul » sur la prise en continu d’une contraception hormonale, c’est une absurdité : cette technique est connue et maîtrisée dans d’autres pays depuis une bonne trentaine d’années, sans aucun effet négatif sur la santé.

Une pilule bien supportée peut donc être prise en continu. Quant aux spottings (petits saignements entre les périodes de règles, simplement dus à l’amincissement de l’endomètre), ils sont totalement sans danger. Si cela devient vraiment inconfortable, il faut simplement étudier la situation avec son gynéco et trouver un contraceptif plus adapté.

Précision concernant les spottings avec une pilule triphasique prise en continu : les triphasiques (comme la Trinordiol par exemple)  se prêtent parfois moins que d’autres à l’enchaînement des plaquettes en continu – bien que cela reste parfaitement faisable. Pourquoi ? Parce que la variation de dosage entre les derniers comprimés d’une plaquette et les premiers comprimés de la plaquette suivante peuvent provoquer des saignements. Saignements qui, contrairement à ce qu’un gynéco a osé affirmer à une patiente, ne sont donc pas la résultante « d’un excès d’eostrogènes dans le sang » (Précision anecdotique qui tabasse : après avoir sévèrement engueulé sa patiente, la gynéco l’a laissée partir en refusant de lui prescrire un contraceptif, et lui a dit « d’attendre que tout se remette en place ». Super responsable…). Comment prendre une triphasique en continu ? Martin Winckler donne la solution ici.

Finalement, on choisit quoi pour ne plus avoir ses règles ?

Plusieurs options sont possibles : une pilule oestro-progestative dont on enchaîne les plaquettes de 21 comprimés sans interruption, une pilule progestative présentée sous la forme de plaquettes de 28 comprimés, à prendre en continu (Cérazette, Milligynon), ou encore un DIU (dispositif intra-utérin, c’est-à-dire un stérilet) hormonal comme le Mirena.  Attention à l’implant si on souhaite l’utiliser pour supprimer les règles : chez 18 % des femmes elles disparaissent en effet, mais pour 12 % d’utilisatrices, elle sont au contraire plus abondantes…

Pourquoi certain(e)s gynécos ne nous encouragent pas plus à nous passer de nos règles quand on en exprime le désir ?

C’est purement culturel. Les règles sont considérées comme une évidence, presque une nécessité, et elles ont longtemps été associées à la notion de fécondité. Mais ce n’est pas justifié médicalement, et l’absence de règles présenterait même certains avantages non négligeables (moins de risque d’anémie ou de grossesses non désirées, sous pilule). Il n’y a pas non plus de risque accru de cancer.

Par ailleurs, il est à noter que l’absence de règles due à une prise de pilule en continu ne nuira en rien à la fécondité future : l’ovulation est bloquée parce que les hormones contenues dans la pilule font croire à notre organisme qu’on est déjà enceinte, mais en aucun cas ça ne compromet les ovulations futures.

Je conclurai cet article en citant Martin Winckler, qui répondait à la question : « si l’absence de règles n’est pas dangereuse, ne faudrait-il pas chercher à les supprimer chez toutes les femmes ? ». Voici ce qu’il en dit :

« Je ne pense pas, car ce serait remplacer un dogme (« Il FAUT avoir des règles tous les mois. ») par un autre (« Il ne FAUT PAS avoir de règles tous les mois. »). C’est aux femmes de choisir ce qu’elles veulent faire, et le plus souvent, les deux choix leur sont possibles : avoir des règles ou non.

La vie des femmes est pleine d’événements, certes naturels, mais plus ou moins confortables selon les femmes et l’époque de leur vie. Les femmes qui ont des règles douloureuses et longues se sentent mieux avec une contraception qui diminue les saignements et soulage la douleur. Certaines choisissent de prendre leur pilule en continu pour ne pas avoir de règles (ou bien optent pour un implant ou un DIU hormonal) D’autres préfèrent avoir leurs règles tous les mois et arrêtent leur pilule 7 jours ou choisissent un DIU au cuivre.

Vous avez le choix. L’idéal, c’est que vous fassiez ce choix sans crainte.

Il en va des règles comme de la contraception : c’est la méthode – et le médecin – qui doivent s’adapter votre choix, et non l’inverse. »

Sources :
– « Les règles – tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les règles sans jamais avoir osé le demander », Martin Winckler , Editions Fleurus, 2008. Environ 9 €.

- Le webzine de Martin Winckler, notamment ces articles : « les règles : en avoir ou pas ? Des questions et des réponses« , « Oui, on peut prendre la pilule sans interruption« ,

Martin Winckler est médecin et écrivain. Il est à la pointe en matière de contraception, et vous pouvez consulter sa biographie en cliquant ici.

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