Et vous, vous en êtes où avec les stéréotypes et la discrimination ?

| 22 décembre 2009 Lire

Petit zoom sur les spots TV de l’INPES, diffusés dans le cadre de la lutte contre le sida et de la prévention : cette campagne, axée sur le préservatif et la prise de responsabilité, ainsi que sur les différentes situations qui peuvent nous amener, toutes et tous, à agir de façon plus ou moins pertinente selon le contexte, soulève l’éventuelle difficulté à aborder le sujet du préservatif et son utilisation proprement dite. Un slogan : « Et vous, vous en êtes où avec le préservatif ?« .

Le but est louable et nous ne le remettrons pas en cause, pas plus que nous ne mettrons en cause l’évident souhait d’adopter un angle qui refuse la segmentation. Ici, tout est envisagé : le couple hétéro marié, le couple homo, le mec marié qui a baisé ailleurs, la femme divorcée qui se remet à faire l’amour après un an de pause, l’homme qui a eu une pratique sexuelle hétéro puis qui a couché avec des hommes… C’est pas mal du tout : on sent clairement la volonté d’ouverture.

Et c’est là qu’arrive le fameux « Oui mais sauf que ».

Donc : oui mais sauf que.

Le stéréotype et la discrimination transpirent, et crois bien que je regrette d’aller mettre le doigt sur les trucs qui fâchent, alors que cette campagne a vraiment tenté d’avancer un peu par rapport aux précédentes. Mais en forçant un peu le trait pour schématiser, voilà ce que moi j’y ai vu, dans ces spots télévisés… Bienvenue aux messages en filigrane, aux idées reçues, aux clivages soigneusement entretenus, à l’étroitesse d’esprit et aux murs polis de la morale judéo-chrétienne.

1 – « Les homos, c’est infidèle et ça baise ailleurs, même en couple. Bah oui, sont instables ces gens-là, c’est pas comme les couples hétéros. Mais bon, après ils sont pas fâchés hein, normal, sont larges d’esprit, manquerait plus qu’ils se fassent la gueule pour des histoires de cul, faudrait surtout pas briser le clivage et laisser croire au peuple que ce sont des gens comme nous, on n’est jamais qu’en 2009 hein ».

2 – « Pour une femme, le fait d’être mariée élimine d’emblée la question d’une éventuelle partie de baise hors des liens sacrés du mariage, car « quand j’étais mariée la question ne se posait plus« . La femme mariée est convenable et ne couche qu’avec son mari. Ensuite, quand elle divorce, les hommes, ben il n’en est pas quesqtion pendant un bon moment hein, beurk. Et puis quand elle s’y remet, elle est super responsable ».

Sexiste, le message ? Oui, sans aucun doute. Et ne confondons pas sexisme et féminisme, ok ? Là, je parle bien de sexisme, qui n’est pas comme certains dicos en ligne le prétendent « la discrimination envers les femmes », mais bien une discrimination entre les sexes fondée sur le critère de genre. Certes, le sexisme peut sous-tendre un propos féministe (et avec raison), mais c’est également un thème de réflexion à part entière.

3 – « L’homme est un queutard irresponsable qui fait de la peine à son épouse. Mais pour la protéger. Et du coup il est honnête à l’insu de son plein gré ». J’aurais été curieuse de voir l’effet produit par le scénario inverse, à savoir une femme mariée ayant baisé sans capote avec un partenaire autre que son époux : ça aurait fait trop salope peut-être ? Alors que là, finalement… Bah finalement, ça reste acceptable et la morale est sauve. Sexisme encore.

C’est drôle, parce que dans ce monde réel qui est le mien, je vois des femmes mariées qui baisent ailleurs, des homos fidèles, des divorcées qui ont d’emblée le feu au cul, et des mecs ultra-fidèles à leur épouse. Et puis je vois l’inverse aussi.

En fait, je ne comprends pas pourquoi l’orientation sexuelle ou le style de vie adopté prédisposeraient plus ou moins à un certain type de comportement : on nous laisse tout de même clairement entendre dans cette campagne que dans un couple homo par exemple, le seul souci avec le sexe extra muros, c’est l’utilisation d’une capote et non l’activité sexuelle hors du couple. Ceci distille de façon assez insidieuse que les homos sont affectivement instables et obsédés par le sexe. Cela conditionne un type de comportement à une orientation sexuelle, ce qui est de la discrimination. Après, que certaines personnes considèrent l’exclusivité sexuelle comme essentielle ou accessoire dans leur relation de couple, ok, mais en aucun cas il n’est pertinent de relier cette prise de position à l’orientation sexuelle. La question peut se poser de façon identique chez un couple hétéro.

Quant à l’exemple de femme divorcée, c’est tout simplement pathétique : lui faire dire à mots couverts (mais en rendant le message très clair) que l’échec de son mariage l’a dégoûtée des hommes, que le sexe n’était pas une préoccupation et autres fadaises, c’est pathétique.

Et ne parlons même pas du cliché du mec marié qui a couché ailleurs… Là, on atteint des sommets dans la caricature.

Cette campagne nous décrit au final une société où tout le monde est bien rangé à sa place : la femme en victime, en sainte, en mère et sans sexualité pulsionnelle (toujours le même stupide argument en arrière-plan, suggérant que chez les femmes, le sexe, c’est surtout des émotions), l’homme en fringuant baiseur gouverné par sa queue, les homos en libertins assumés et marginaux, bref, on discrimine, on catégorise, on classe, on hiérarchise…

Et vous, vous en êtes où ?

(Sinon, OUI, faites ce que vous dit l’INPES : mettez des capotes.)

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